Touriste ou voyageur ?

le

Un très joli mot de Sylvie Testud dans “Terre Inconnue”, où elle explique que le touriste est celui qui visite des endroits, tandis que le voyageur rencontre des personnes.

Pour séduisante qu’elle soit, cette explication met bien en évidence le préjugé négatif qui s’est peu à peu mis en place à l’encontre du touriste. Celui-ci serait enfermé dans son car comme un bocal, finalement peu curieux, plus désireux de se dorer au soleil que de faire de vraies rencontres.

Un glissement de sens très intéressant, car, à l’origine, c’est tout à fait l’inverse. Le mot “touriste” est né au XIX° siècle, avec le “Tour d’Europe”, ce long voyage de formation qui durait entre un et trois ans et que pratiquait la jeunesse privilégiée. A la différence du voyageur professionnel, celui qui faisait son “tour” prenait tout son temps pour découvrir l’histoire, la culture, les beautés du pays et ses habitants.

Il passait de longues heures assis dans de superbes paysages, ou face à d’antiques ruines, son carnet de croquis à la main. Parce qu’il n’y avait pas la même infrastructure hôtelière qu’aujourd’hui, il descendait souvent dans des pensions de famille, où il profitait autant de la “Chambre avec vue” que de la conversation de ses hôtes. Européen ou américain, jeune homme ou jeune fille accompagnée d’un chaperon, le touriste du XIX° arpentait un monde avec bonheur et intérêt.

Puis est venue, insidieusement, l’ère du tourisme de masse. Les touristes ont commencé à plonger le nez dans leurs guide de voyage, avant de regarder le monde autour d’eux. A prendre des photos, à attendre de pouvoir raconter ce qu’ils avaient vu.

Peu à peu, on associe au touriste une image de superficialité. Le touriste ne reste pas, par définition, il serait donc incapable dé véritablement découvrir un pays ou un lieu en profondeur, d’en comprendre la substantifique moelle.

Affirmation gratuite, paradoxale même, car si on réserve à ceux qui ne sont pas des touristes le mot de voyageur, cela veut dire que le voyageur, lui, est sur la route par obligation, le plus souvent professionnelle. Il sera alors captif de contraintes beaucoup plus lourdes que celles vécues par le touriste ; son travail lui permettra peut-être de rencontrer des gens du pays, mais dans un cadre peu propice à l’échange total. On invitera peut être un collègue de travail au restaurant, mais on ne l’emmènera chez soi que dans les pays particulièrement hospitaliers, où on aurait accueilli de la même façon le touriste.

Finalement, voyageur ou touriste, cela compte peu. Ce qui est important, c’est le regard.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *